Paroles de libraires

Voici quelques témoignages et réflexions partagés par des libraires que l’Adelc a aidés ou aide encore aujourd’hui.


Témoignages sur les aides apportées par l’Adelc


« Je réfléchis avec eux »
Guillaume Gandelot, librairie La Friche (Paris 11e)

« L’Adelc, je leur suis reconnaissant d’une chose, c’est d’avoir considéré que nos années d’expérience avaient de la valeur.

Notre premier contact remonte à 2005. On les connaissait avant, mais on ne savait pas à qui on avait affaire – ils nous faisaient un peu peur, à vrai dire ! Mais ils se sont tout de suite montrés des partenaires d’une fiabilité et d’une compétence précieuses.

On a fait appel à eux pour toutes les questions de modifications structurelles, à commencer par la création de la librairie, mais aussi pour des travaux et pour la création d’un second magasin dédié à la BD. Aujourd’hui, on a 18 ans d’existence et ce sont toujours de vrais associés : dans les moments de transformation ou d’évolution de la librairie, je réfléchis avec eux. Ils ont connu tant d’histoires de librairies, tant d’expériences diverses… Il n’y en a pas tant que ça, des professionnels comme eux. Ils participent à la transmission d’un savoir-faire, d’un métier. »

« Une garantie de pérennité bienvenue »
Philippe Fusaro, librairie L’Oiseau siffleur (Valence)

« J’ai toujours travaillé dans des librairies aidées par l’Adelc. Ils sont toujours là, aux côtés des libraires, non seulement pour aider, mais aussi pour offrir aux projets un gage de qualité.

À la librairie Quai des Brumes, à Strasbourg, ils nous ont aidés à déménager et ils ont aussi suggéré au gérant d’associer tous les salariés à l’entreprise, et dans le contexte particulier de l’époque, c’était une garantie de pérennité bienvenue. À Lyon, lorsque je travaillais à la librairie Passages, ils nous ont soutenus lors de l’extension du magasin.

Mon référent a longtemps été Henri Causse, membre de l’Adelc et directeur commercial des Éditions de Minuit. Il était exigeant, mais s’il vous aidait, c’était la preuve qu’il avait vraiment confiance dans les projets.

Un jour, on a créé notre propre librairie à Valence, et c’est tout naturellement que nous nous sommes à nouveau tournés vers eux. Il y a deux ans, Didier Grevel nous a donné un fameux coup de main aussi, lorsque nous avons repris un magasin de 140 m2 attenant à la librairie. C’était une excellente opportunité : en réunissant les deux, on multipliait la surface par trois, avec une séparation au milieu. Didier nous a très habilement convaincus de vendre le magasin d’origine : non seulement l’espace devenait plus cohérent, mais ça doublait notre surface, ce qui était en réalité suffisant. Il a été un vrai compagnon de route pour ce rachat. Et puis, le fait que l’Adelc se déplace, qu’ils viennent voir, ça dépasse largement le cadre de la gestion quotidienne. Didier est revenu à Valence en juin dernier, pour voir ce que la librairie devenait.

Aujourd’hui, quand je monte des projets, mon premier réflexe, c’est de les appeler. Ils ont une longue expérience, ils nous apportent beaucoup. Et avec les taux d’intérêt qui flambent, mine de rien, leur apport à taux zéro fait une vraie différence. »

« Un compagnon d’aventure »
Marion Bulot, librairie Vent de soleil (Auray)

« J’ai entendu parler de l’Adelc pour la première fois lors de ma formation “Créer ou reprendre une librairie”, dispensée par l’École de la Librairie. C’était dans le cadre d’une reconversion professionnelle et du projet de reprendre une librairie en Bretagne.

L’Adelc m’a accompagnée tout au long de ce projet de reprise en m’aidant à développer et à m’approprier cette librairie, et à mieux cerner la manière dont je voulais exercer ce métier.

À la suite de la remise d’un dossier et après un passage en commission, j’ai pu bénéficier également d’un soutien financier, sous forme de prêt, au moment du rachat de ma librairie.

L’Adelc a donc été un compagnon d’aventure fidèle et précieux. »

« J’ai sollicité un financeur, j’ai trouvé un associé »
Laurence Combe d’Inguimbert, La Nouvelle Librairie Baume (Montélimar)

« Dès nos premiers échanges, mon prédécesseur m’a mise en relation avec l’Adelc. Initialement pour m’aider à boucler mon budget, grâce aux dispositifs spécifiques d’aide à la reprise d’une librairie dont il m’apprenait l’existence. L’aval de l’Adelc était aussi un préalable à la poursuite de nos négociations, l’avance en compte courant qui lui avait été accordée n’étant pas encore totalement remboursée. Un premier entretien m’a permis d’affiner mon projet et de poser des jalons sur ce que je voulais faire et ne pas faire. Ces jalons restent pertinents, près de trois ans plus tard.

C’est probablement ce qui fonde notre relation : j’ai sollicité un financeur, j’ai trouvé un associé. Lorsque j’envisage une décision importante, j’appelle l’Adelc pour l’informer, et la visibilité dont elle dispose sur un vaste spectre de librairies indépendantes me permet de confirmer mes intuitions – ou pas. Et c’est précieux ! Plus inattendu, c’est un associé solidaire : dans une période aussi douloureuse que compliquée à la librairie, j’ai été appelée, soutenue et même épaulée à domicile pour aider une salariée en grande difficulté sur son rayon. »

« Des conseils pertinents »
Amandine Buissonnet et Éric Beynel, librairie Le Bazar utopique (Bagneux)

« En 2021-2022, nous avons eu le projet de créer une librairie généraliste indépendante dans la commune de Bagneux, en banlieue parisienne, dans une ville de plus de 40 000 habitants qui en était démunie depuis de nombreuses années. Dans la construction de ce projet, nos échanges avec l’Adelc, ses conseils, son expertise, ses outils, sa disponibilité nous ont permis de mieux le définir sur de nombreux aspects, par exemple les aménagements ou la constitution de l’assortiment, et en particulier l’élaboration de notre commande d’implantation. Depuis l’ouverture du Bazar utopique, avec le soutien financier de l’Adelc et son entrée au capital, les échanges se sont poursuivis. Leurs conseils, pertinents et utiles, sont accompagnés de relations chaleureuses et agréables. »

« L’Adelc et le CNL, un duo indispensable »
Jean-Claude Deteix, librairie Le Talon d’Achille (Montluçon)

« J’ai repris la librairie en 2014, et avant ça, j’étais dans l’industrie. Benoît Villatte de Peufeilhoux, le cédant, m’a donné les principaux contacts pour m’aider à reprendre Le Talon d’Achille : le département, le CNL et l’Adelc. J’ai contacté un peu tout le monde et envoyé un courrier à l’Adelc. Didier Grevel m’a appelé en me disant que je devais commencer par une immersion. Ce fut Le Cyprès, à Nevers. Cela m’a fait prendre conscience de ce qu’était une librairie, du parcours que je devais faire pour être sûr de vouloir reprendre ou non la librairie. J’ai ensuite fait l’École de la Librairie, puis une deuxième immersion. Le cédant a contacté l’Adelc pour avoir des conseils sur la cession. Claire Mortier s’en est occupée, a regardé les dossiers avec Thierry Auger, du CNL, et Benoît Villatte de Peufeilhoux, pour définir le meilleur prix et le stock à prévoir. Tous les mois, j’envoyais un tableau récapitulatif avec le chiffre d’affaires et le nombre de clients, pour comparer avec l’année précédente. Claire Mortier est venue quatre fois pour étudier avec nous ce qui ne fonctionnait pas et ce qui pouvait évoluer. Je suis de nouveau en contact avec l’Adelc car je souhaite céder la librairie.

À mon tour, je recommande aux gens intéressés de faire une immersion. Je leur indique les deux organismes incontournables : l’Adelc et le CNL. C’est un duo indispensable pour le suivi de la librairie, surtout quand on se reconvertit. J’ai une vision plus professionnelle grâce à eux, je recommande à tous de contacter Claire Mortier et Thierry Auger. »

« Un partenaire actif »
François Veyrié, librairie La Maison Jaune (Neuville-sur-Saône)

« En 2005, à la création ex nihilo de notre librairie La Maison Jaune, nous avons contacté l’Adelc (que nous ne connaissions pas) avec idée d’une simple aide au financement de notre projet. Notre bonne surprise de l’époque, qui s’est confirmée sur les autres projets que nous avons partagés avec l’Adelc, était double : outre cet aspect de participation au compte courant, qui est une aide essentielle au financement, l’Adelc s’est révélée être un partenaire actif qui “challenge” les projets en apportant suggestions et conseils. Une exigence partenariale qui nous pousse à mieux penser nos projets en amont et nous oblige à rester réalistes et concrets. »

« Un soutien moral et financier »
Sylvie Fayard, librairie L’Eau vive (Nîmes)

« À chaque chamboulement, à chaque évolution, l’Adelc a été présente pour apporter son soutien moral et financier. Une aide précieuse pour les libraires indépendants qui peuvent rencontrer d’intenses moments de solitude. »

« Leurs conseils portent leurs fruits »
Morgane Le Bris, librairie Adrienne (Lyon)

« J’ai rencontré l’Adelc au moment du montage de mon projet de création de la librairie Adrienne, en 2021.

Leurs conseils, leur expérience et leur soutien financier apporté en amont de l’ouverture ont été plus que précieux pour m’aider à affiner mon projet, à définir mon positionnement et à constituer mon assortiment.

Depuis l’ouverture, l’Adelc est un appui et un soutien fondamental avec qui je peux échanger sur toutes les facettes du métier de libraire. Tous leurs conseils sont précieux et portent leurs fruits dès que je les mets en application. »

« À l’écoute »
Mélanie Dumont, librairie L’Astragale (Lyon)

« Nous avons rencontré l’Adelc, Marianne et moi, au tout début de notre démarrage dans le métier, il y a quinze ans. Nous avions un projet que nous avons laissé tomber, nous étions trop jeunes et n’avions pas encore fait nos armes. Didier et Claire ont été, dès le départ, très à l’écoute et de bon conseil, tout en nous laissant libres dans nos choix, bien entendu !

Nous avons toujours gardé un très bon contact avec eux en les tenant au courant de nos pérégrinations respectives. Et puis un jour, de manière officielle, nous leur avons dit : « Ayé ! C’est notre tour ! On veut créer une librairie à Lyon ! » Enthousiastes et encourageants, ils nous ont accompagnées. Claire s’est montrée très disponible pour nos nombreuses questions, pas toujours pertinentes d’ailleurs. Elle était rassurante et présente. Il est clair que la naissance de L’Astragale s’est faite avec leur soutien ! Aujourd’hui encore, nous appelons Claire régulièrement pour parler métier… »

« Une période de tutorat »
Thaïs Mathieu, librairie Mosaïque (Die)

« Nous avons été amenés à travailler avec l’Adelc dans le cadre de la reprise de la librairie Mosaïque en 2021.

Les mois durant lesquels l’Adelc nous a accompagnés et conseillés, on pourrait les assimiler à une période de tutorat, une phase durant laquelle nous ne nous sommes jamais sentis seuls ni ridicules, avec nos questionnements de futurs gérants débutants. Cela a été un accompagnement solide autant que discret, beaucoup d’écoute, de conseils et de réponses. Et en plus, ça continue ! »

« Un support pour faire notre métier au mieux »
Joël Hafkin, librairie La Boîte à livres (Tours)

« L’Adelc accompagne La Boîte à livres depuis plus de trente ans. Mis en place pour une aide financière en 1992, le partenariat a évolué au cours des années en relation de conseil, notamment quand nous avons décidé de changer d’espace et de quitter une structure établie depuis 1946. D’un espace de 500 m2 en 1998, nous avons élargi l’offre à presque 1000 m2 en 2002.

Sans le soutien de l’Adelc et des partenaires qui ont accompagné ces transformations, ce projet n’aurait pas vu le jour. Après le décès en 2015 de Marcelline Langlois-Berthelot, qui dirigeait le lieu depuis 2008, la librairie a continué sa route, avec ses développements mais aussi ses fragilités. La relation de confiance qui nous lie à l’Adelc a toujours été un support important, qui nous permet à la fois de faire notre métier au mieux et de trouver des solutions. »

« Une dette d’existence »
Olivier L’Hostis, librairie L’Esperluète (Chartres)

« Je crois que j’ai un peu tout fait avec l’Adelc ; ou, plus exactement, « je leur ai tout fait », comme on dit. J’ai exploité toutes les facettes de leur talent.

D’abord la reprise compliquée d’une librairie qui était bien plus qu’une librairie (trois librairies, un magasin de photo, un autre de disques, une papeterie). Il a fallu découper ce qui devait devenir une librairie en tant que telle au sein de tout cet ensemble complexe, fondu dans une comptabilité commune. Un exercice de haute voltige que j’étais absolument incapable de faire seul.

Ensuite, vu que je n’avais pas été suffisamment malin pour tout anticiper, il a fallu que l’Adelc nous finance à deux reprises. Après un premier sauvetage d’urgence, quelques mois seulement après la reprise effective, on a réalisé une augmentation de capital quelques années plus tard, négociation avec les banques à la clé – autant de choses que je ne maîtrisais pas plus.

Depuis, nous avons réaménagé la librairie, à l’aide d’un budget non négligeable, et l’Adelc était à nouveau présente. Aujourd’hui, tout va bien !

Il va falloir songer à préparer la transmission qui, comme le reste, ne se fera pas sans l’Adelc. En particulier parce que, sans eux, je ne sais pas très bien ce qu’il y aurait à transmettre. Ce qui dit assez notre dette ! Elle ne se résume pas à une dette d’argent qui, elle, est remboursable, mais elle constitue en quelque sorte une “dette d’existence”, que je transmettrai à ceux qui prendront la suite ! »

« Des remises en question constructives »
Natacha de La Simone, librairie L’Atelier (Paris 20e)

« Les bienfaits de l’Adelc pourraient se résumer ainsi : elle pourvoit aux ressources financières et fournit un accompagnement au long cours.

Ce qui donne, dans le détail :

  • Des rendez-vous réguliers pour rester vigilant et apporter un réconfort éventuel ;
  • Des discussions (potentiellement animées !) pour aiguiser le sens de la polémique et refaire le monde de la librairie ;
  • Un partage d’expériences contemporaines ou historiques, ici et ailleurs, pour élargir l’esprit ;
  • Un sens de l’histoire, celle vécue par toutes sortes de librairies depuis des années, pour repenser les évolutions ;
  • Une ouverture des possibles pour conforter les choix ;
  • Un sens du débat qui force à ourdir des arguments pour asseoir sa propre conviction ;
  • Un regard attentif pour ne pas se sentir seul·e dans son métier ;
  • Une vision décalée pour s’extraire du quotidien et engager des remises en question constructives. »

« Un véritable compagnon de route »
Mathieu Baussart et Delphine Sablé, librairie Passages (Lyon)

« La librairie Passages a toujours bénéficié d’un soutien sans faille de la part de l’Adelc. Cette aide précieuse – analytique, intellectuelle et financière – s’est manifestée à chaque grande étape : sa création, ses phases de développement et de réaménagement.

Pour nous, elle a surtout joué un rôle essentiel dans le long processus de reprise de la librairie que nous avons amorcé en 2018 et concrétisé en 2021. Elle a été un médiateur précieux dans les discussions avec les cédants tout en apportant un regard constructif sur les nombreuses réflexions qui ont émaillé notre projet.

Aujourd’hui, au gré de discussion et d’échanges réguliers, l’Adelc est un véritable compagnon de route qui nous encourage à maintenir quotidiennement l’exigence nécessaire pour faire de Passages un lieu de défense de catalogues singuliers, favorisant la richesse d’expression, et un lieu de cohabitation équilibrée des temporalités, entre fonds et nouveautés. »

« Cette forme de protection bienveillante »
Pascal Pradon, librairie Les Petits Papiers (Auch)

« Lorsqu’en 2008 a germé l’idée de créer ce qui est devenu ensuite la librairie Les Petits Papiers dans ce territoire néorural qu’est Auch, il m’a semblé naturel de m’adresser à l’Adelc. Libraire depuis un certain temps, je connaissais cette institution et ce qu’elle propose dans l’accompagnement et l’expertise lorsqu’on souhaite, comme c’était mon cas, créer une librairie sans en avoir vraiment les moyens… L’Adelc a donc bien voulu jouer ce rôle, celui d’un partenaire qui m’a accompagné lorsque j’en avais le plus besoin. Pas seulement sur le plan financier d’ailleurs, car Didier Grevel a aussi su me montrer les points sur lesquels je faisais fausse route. À travers lui, l’Adelc a donc incarné cette forme de protection bienveillante, cet œil extérieur sans qui nul projet ne peut être viable à terme. C’est aussi ce qui me permet aujourd’hui de dire, après près de quinze ans, malgré tout ce que l’on nous a prédit lorsqu’on s’est lancé, qu’on a eu raison de croire ensemble dans ce projet motivé par la seule volonté de faire vivre une librairie indépendante, vivante et engagée sur ce territoire. »

« Ils croyaient en mon projet »
Lucile Frassy, librairie La Suite (Versailles)

« J’ai été amenée à travailler avec l’Adelc dans le cadre du déménagement de ma librairie, au bout de onze ans d’existence, dans un quartier plus dynamique. Ce projet supposait de repenser complètement la librairie, que ce soit son aménagement, mais aussi l’offre qu’il était nécessaire d’étoffer. L’expertise de Claire et Didier a été indispensable pour moi : ils croyaient en mon projet mais il fallait être à la hauteur ! Me témoigner ainsi leur confiance et leur exigence a été très stimulant et m’a permis de savoir quelle direction prendre, comment projeter la librairie. Grâce à eux, je pouvais désormais avancer et concrétiser ce déménagement. Idéal ! »

Témoignages sur le métier de libraire

« Être curieux avant tout »
Joël Hafkin, librairie La Boîte à livres (Tours)

« Le métier de libraire suppose avant tout d’être curieux des livres, des auteurs et des politiques éditoriales.

Même quand il n’y en a pas, il faut faire avec, surtout dans une librairie généraliste ! Cela signifie qu’il faut faire des choix, parfois en dépit d’une production pléthorique ou anarchique. La librairie La Boîte à livres est un relais depuis 1946, qu’il faut faire vivre et adapter constamment, au fil des évolutions éditoriales et techniques.

Aujourd’hui, c’est une équipe de 32 personnes qui conseille et fait vivre la librairie. Le pôle des ressources humaines est une responsabilité que j’assume en plus au quotidien. Gérer une équipe de libraires, c’est faire confiance à leurs propositions éditoriales et à leur relation avec les représentants. C’est aussi un regard constant pour veiller à l’équilibre d’un stock très conséquent, qui joue sur la trésorerie.

Le vrai plaisir, c’est de mettre en avant certains auteurs, éditeurs et thèmes pour aiguiser l’œil du lecteur : ceux à découvrir, et surtout le fonds. Les rencontres d’auteurs permettent de mettre en avant des auteurs connus ou inconnus, qui échangent directement avec le public. Le lien est permanent avec le public, il faut l’accueillir.

Je n’ai pas choisi le métier de libraire, il s’est fait grâce à des rencontres, je venais du milieu du spectacle ou j’ai appris à animer des groupes, un lieu. J’ai d’abord organisé des rencontres avec des écrivains, codirigé avec ma compagne Marcelline Langlois-Berthelot les évolutions de la librairie et continué à gérer la librairie après son départ ; c’est un relais. »

« Je suis tombé amoureux »
Jean-Claude Deteix, librairie Le Talon d’Achille (Montluçon)

« Cinq ans avant d’être libraire, je n’avais aucune idée que j’allais le devenir. Je suis tombé amoureux de la librairie Le Talon d’Achille. C’était une des rares librairies s’occupant de bandes dessinées, et en 2012 Benoît Villatte de Peufeilhoux avait décidé de prendre sa retraite. J’avais envie de changer de métier, Didier Grevel m’a demandé « Est-ce que vous reprendriez une librairie ailleurs ? », mais je voulais uniquement faire perdurer Le Talon d’Achille. J’ai une relation particulière avec cette librairie, c’est pour ça que je suis libraire. »

« Les sons d’une librairie »
Olivier L’Hostis, librairie L’Esperluète (Chartres)

« Libraire n’est pas un métier complexe, et il peut même se résumer en une chose : vendre des livres. Mais il faut y mettre un peu la manière…

Un membre du comité d’engagement de l’Adelc, en visite dans ma librairie, m’a dit un jour quelque chose qui m’a beaucoup plu : « Il faudrait pouvoir décrire le son d’une librairie. » Ça m’est resté en tête et j’ai pris des notes sur les sons d’une librairie. En vrai, j’ai d’abord entendu le son du tiroir-caisse, ce qui n’est pas très poétique, mais une librairie est une histoire d’argent, et parfois de manque d’argent. C’est un métier dont on sait que la rentabilité n’est pas formidable, alors il faut apprendre à gérer au plus près, au mieux – l’idéal est même de s’en débarrasser un peu, pour ne pas avoir que ça en tête. Mais le risque d’une excellente gestion, c’est de ne plus vendre certains livres, ce qui irait contre l’objectif essentiel. Le métier de libraire impose une distinction claire entre le fait de vendre le plus de livres possible et celui de gagner le plus d’argent possible – tout en gardant à l’esprit qu’il faut en gagner assez pour continuer à pouvoir acheter les livres qu’on va vendre…

Il y a aussi le son, la rumeur des clients dans la librairie, parce que ce sont eux qui répondent, ou pas, à ce que nous essayons de proposer. Si cette rumeur est bonne, ça va, si la rumeur est mauvaise, ça peut vite ne plus aller. Et si la rumeur est forte, c’est qu’il y a du monde, et c’est encore ça le mieux !

Et puis, il y a la voix des auteurs. C’est le bonus. Ça ne rapporte rien, mais c’est un plaisir. Bonus pour les clients, mais aussi bonus pour les libraires. C’est vraiment bien, les auteurs. On leur doit beaucoup, et vice versa, ce qui est gratifiant. Un libraire n’est qu’une goutte d’eau, mais souvent les auteurs pensent que chaque libraire est déterminant, alors que c’est le nombre qui compte. Mais on ne demande pas à un écrivain de compter…

Et la lecture, c’est quand on coupe le son, les réseaux, c’est le silence et le plaisir, et c’est le fond de l’affaire ! »

« Le lien social est très important »
Amandine Buissonnet et Éric Beynel, librairie Le Bazar utopique (Bagneux)

« Nous concevons notre métier de libraire comme celui d’un passeur en essayant de faire en sorte que notre librairie Le Bazar utopique soit un espace convivial, accueillant, invitant à prendre son temps. Le lien social est très important, et nous avons à cœur de faire de ce lieu un espace chaleureux. Nous voulons aussi proposer un choix large, aussi bien dans les ouvrages présentés que dans leur prix, afin que tous les publics, y compris ceux qui n’osent pas toujours franchir le seuil d’une librairie, puissent s’y sentir à l’aise et reconnus. Nous essayons de proposer des rencontres régulières avec des auteurs, avec les acteurs culturels de la commune : des temps de réflexion collective autour de sujets philosophiques, et des lectures, notamment pour la jeunesse. »

« Se tromper, avancer aussi »
Olivier Michel, librairie L’Humeur vagabonde (Paris 18e)

« C’est un métier à part entière.

Qui touche à l’intime et à quelques convictions.

Faire un pas de côté et regarder le monde sous des angles différents.

Se tromper est essentiel, avancer aussi.

Savoir se montrer modeste tout en faisant preuve d’attention et d’enthousiasme.

Observer et proposer aux liseurs qui nous entourent les vastes étendues contenues dans nos librairies.

S’émanciper, s’affranchir des habitudes pour mieux accompagner nos clientèles. »

« Le plaisir d’être au milieu des livres »
Lucile Frassy, librairie La Suite (Versailles)

« Ce métier a été comme une révélation, à la fin de mes études. J’ai réellement décidé, à 25 ans, de créer ma librairie, et rien ne m’aurait enlevé cette idée de la tête. Je n’y connaissais pas grand-chose mais il fallait que je me jette dans le bain. Treize ans plus tard, je reste toujours aussi fascinée par ce métier. Le plaisir d’être au milieu des livres est intact, le goût de transmettre et d’échanger avec les lecteurs aussi, rencontrer les auteurs et tous les acteurs de la chaîne du livre. C’est follement prenant, et pas toujours simple à gérer, mais même quand la librairie a traversé des moments difficiles, je n’ai jamais regretté le chemin parcouru… et il me reste encore tant de choses à apprendre, quelle chance ! »